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 [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos

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Voldago

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MessageSujet: Re: [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos - Page 2 Horlog11Dim 11 Mar 2018 - 21:14

Chapitre 20 : Derrière le masque


-Qu’il déguerpisse ! lança Norway avec satisfaction.

Il se tourna vers ses hommes déployés derrière-lui.

-Laissez-le filer, les gars.

-Comment ? se révolta Raiponce. Mais il faut l’empêcher de tuer la reine !

-Avec cette tempête, je doute qu’il puisse l’approcher, raisonna Norway. Même s’il y parvenait, la Reine Elsa l’anéantirait.

-Hans est plus retors et plus malin que vous ne le croyez, répliqua Raiponce. Il n’affrontera pas la reine à la loyale.

-Je suis d’accord, l’approuva Eugène. Ce n’est pas tout, Anna est également en danger. Alors que j’observais la tempête à travers le trou laissé par Elsa, je l’ai vue errer sur le fjord gelé.

Anna était donc bien vivante. Mais les blessures involontairement infligées par sa sœur ainsi que Hans la mettaient toujours en grave danger. Son cœur a été gelé par la magie de sa sœur alors qu’elle était partie la retrouver dans son palais de glace. Nous devons absolument la retrouver avant qu’il ne soit trop tard.

-Raison de plus pour y aller en force. Qui sait ce qui pourrait se passer là-bas, pendant que nous restons-là à ne rien faire ! La reine s’est enfuie, Hans la pourchasse dans le but de la tuer, et il ne reste à Anna plus que quelques minutes à vivre. Qu’attendons-nous pour agir ?

-Un ordre légitime, sans doute, intervint une voix monocorde.

La princesse se retourna ; le Premier Ministre était apparu derrière le trône.

-Où étiez-vous donc ? le vilipenda Raiponce. La situation est grave, au cas où vous ne le sauriez-pas !

-J’en suis parfaitement informé, répondit doucement l’homme. Pendant que le Prince Hans et vous vous chamailliez, je m’occupais de la sûreté des invités de ce château, qui sont tous sains et saufs. Cependant, la situation actuelle les inquiète quelque peu, je dois l’avouer, et cela va sans dire qu’une partie de vos hommes, Norway, seraient d’une grande utilité à leurs côtés. Affectez-les tous à cette tâche, hormis vous-même, mon neveu, et deux autres de vos hommes.

-A vos ordres, monsieur le Premier Ministre, obtempéra Norway.

Le capitaine envoya une quinzaine de ses hommes accomplir la tâche ordonnée par le Premier Ministre. Les gardes congédiés s’éclipsèrent.

-Ce n’est pas le moment de faire de la garderie avec la noblesse ! s’insurgea Raiponce. Vous auriez dû envoyer ces hommes arrêter Hans, et sauver Anna tant qu’il en est encore temps.

-La Princesse Anna est morte, soupira Magnus. Vous ne vous rappelez pas ?

-Au contraire, affirma Eugène en tâchant de parler clairement malgré sa douleur. Je le répète, la Princesse Anna est en vie, quelque part sur les eaux glacées du fjord. Le Prince Hans a menti.

-Oh ? fit le Premier Ministre. Eh bien, cela ne change pas grand-chose. Finland, mon cher neveu, tu iras avec tes deux collègues à l’intérieur des remparts de la tour du donjon. Tous les trois, vous observerez l’évolution des événements et nous rapporterez ensuite ce qu’il se sera produit.

-A vos ordres, mon oncle, s’inclina Finland.

-Nous venons avec vous, messieurs, intervint le dignitaire espagnol. En tant que représentants des autres nations, il est de notre devoir d’assister à ce dénouement.

-Cela n’est guère prudent ! s’inquiéta Weselton. Le froid nous congèlera sur place !

-Si l’hiver persiste, vous ne serez bientôt plus à l’abri nulle part de toute façon, le contredit le Premier Ministre. Je ne vois pas d’objection à ce que vous accompagniez mes hommes. Vous avec ma permission.

-Merci, Votre Excellence, approuva le Français.

Les dignitaires, Weselton compris, ainsi que les gardes quittèrent à leur tour la salle du trône. Eugène, Raiponce, Norway et le Premier Ministre étaient seuls, hormis Maximus. Eugène, affaibli par sa blessure, semblait pâle et fébrile. Il chancela un instant et son épouse le retint par les épaules.

-Il a besoin de soins, affirma-t-elle.

-Ne t’en fais pas, murmura faiblement Eugène. Ce n’est rien.

-Je suis d’accord avec la Princesse Raiponce, objecta Magnus. Vous êtes pâle à faire peur. Justement, je vois Gerda arriver. Madame, veuillez emmener le prince Eugène un peu plus loin et vous occuper de cette vilaine blessure. Suturez et désinfectez sa plaie, après l’avoir endormi bien entendu.

La servante était entrée dans la salle du trône durant le bref échange. Elle fit la révérence avant de prendre Eugène par le bras. Le jeune homme renâclait, mais Raiponce le poussa gentiment vers Gerda et lui sourit d’un air qu’elle voulut encourageant. Une fois que son époux ait été éloigné et assis dans l’attente de soins, la jeune femme reporta son attention sur le Premier Ministre.

-Que comptez-vous faire pour Anna et Elsa ? s’impatienta Raiponce.

Le flegme, presque la nonchalance, du Premier Ministre courait sur les nerfs de la princesse. Magnus sourit mystérieusement.

-Ne vous en faites pas, Votre Altesse. Vous comprendrez bientôt.

-Comprendre quoi ? s’inquiéta-t-elle en fronçant les sourcils.

-Norway, fit Magnus en ignorant la question de la princesse, veuillez apporter la caisse dont nous avons parlé.

-Bien sûr, monsieur le Premier Ministre, consentit le capitaine.

Il sortit du grand salon en empruntant l’une des portes situées sur le mur derrière le trône. Mais alors que Raiponce songeait qu’elle devrait partir rechercher Anna et Elsa seule s’il le fallait, elle remarqua qu’il se produisait un phénomène étrange. Le hululement de la tempête à l’extérieur s’était estompé, et l’atmosphère glaciale s’était comme… figée, comme dans l’attente de quelque chose, ou peut-être endeuillée. Les pics de glace avaient arrêté leur croissance inquiétante, et tout était devenu silence.

-On dirait que la reine est en train de se calmer, supposa le Premier Ministre. Bien.

J’espère qu’il ne lui est rien arrivé. Les choses sont en dehors de mon contrôle, désormais. Raiponce et Magnus étaient juste devant le trône, l’un face à l’autre. Le regard qu’ils partageaient mettait la jeune femme mal à l’aise ; elle ne se sentait pas en sécurité. Raiponce se rappela ce qu’il avait fait suite à la nuit où elle avait libéré Eugène : Magnus avait jeté l’évêque dans un cachot, apparemment en raison de divergences religieuses, ce qu’il avait ensuite nié en affirmant que ce n’était qu’une ruse visant à amadouer Hans. Mais la princesse en était grandement perturbée, sans qu’elle ne comprenne vraiment pourquoi.

-Pourquoi avez-vous emprisonné l’évêque, en vérité ? lâcha brusquement Raiponce.

Le Premier Ministre la regarda longuement. On pouvait voir qu’il ne s’attendait pas à cette question, surtout en cette heure si troublée.

-Il était une menace, affirma Magnus. Fervent soutien de la famille royale, et mauvais protestant avec ça. Je ne pouvais pas le laisser répandre son influence et risquer de tout compromettre. Tout allié de la Reine Elsa devait être éliminé.

-Je-je ne comprends pas, balbutia la princesse. Je croyais que vous vouliez protéger Elsa.

-Oh, chère enfant, fit Magnus d’un ton ironique et condescendant. Vous êtes si naïve.

A cet instant où les pensées de Raiponce se bousculaient dans sa tête, des éclats de voix lui parvinrent.

-Ces armes m’appartiennent ! Vous n’avez pas le droit de les utiliser sans ma permission !

C’est Bonaparte. Norway est allé chercher ses armes à feu. Ce furent en effet le capitaine, suivi du prince impérial, qui entrèrent dans la salle du trône. Norway transportait une large caisse ouverte en métal, qu’il déposa aux pieds de Magnus malgré les protestations de Louis-Napoléon. A l’intérieur se trouvait une dizaine de longs fusils et de pistolets à silex.

-Monsieur le Premier Ministre, s’écria Bonaparte, j’exige une explication. J’ai apporté ces armes à feu avec moi et elles sont ma propriété. Pourtant, elles m’ont été confisquées par le Duc de Weselton la nuit dernière. Et alors que je m’apprêtais à les récupérer, voilà que votre capitaine des gardes s’en empare contre mon gré !

-Votre Altesse impériale, répondit respectueusement Magnus, je vous prie de rester calme. Soyez assuré que vos armes vous seront très bientôt restituées.

-Et à quelle fin désirez-vous les utiliser ? le pressa Raiponce.

-Nous verrons cela plus tard, répondit évasivement le Premier Ministre. En attendant-

Il s’arrêta. Tous avaient senti le changement qui se produisait tout autour d’eux : le temps se réchauffait sensiblement. Serait-ce possible ? Raiponce avait cru se faire des idées. Mais il était impossible de nier que la température augmentait, encore et encore. Les stalactites et stalagmites se résorbaient et se désintégraient en un élégant tourbillon de flocons. La glace se désagrégeait de la même façon, et s’élevait dans les airs en des milliers de particules. Ces dernières, comme poussées par un vent doté de conscience, volèrent vers la sortie du château dans un flux discontinu. C’était une force irrésistible, qui rouvrit brutalement la porte d’entrée pour se propulser à l’extérieur du château. D’autres nuages en provenance des autres parties du château passaient également par la salle du trône, et toute trace de gel finit par disparaître, comme si rien n’avait jamais perturbé la période estivale. L’hiver venait de prendre fin.

-Je ne peux pas y croire ! se réjouit Raiponce en bondissant de joie. Tout est redevenu normal, nous allons enfin pouvoir rentrer chez nous !

Mais une pensée horrible, tragiquement réaliste, lui vint en tête pour l’arrêter net dans sa joie. Elsa est peut-être morte. Le sourire de la princesse disparut aussi vite que la glace de la salle du trône, tandis que l’affreux doute se frayait un chemin dans son esprit.

-Apparemment, le Prince Hans a mis un terme à l’hiver, dit tranquillement Magnus. Fabuleux. Il ne nous reste plus qu’à emprisonner cet imbécile et l’exécuter pour haute trahison.

Le comportement de Magnus était de plus en plus étrange. Le Premier Ministre avait été si amical, si serviable avec Raiponce. La jeune femme n’avait aucunement soupçonné cette part de sa personnalité.

-Comment pouvez-vous vous montrer aussi froid ? s’indigna Raiponce. C’était votre reine, dont vous avez servi le père pendant des dizaines d’années, et vous…

Elle s’arrêta, refusant de croire au trépas de sa cousine.

-Non, reprit-elle. Elsa est toujours en vie. Vous vous réjouissez peut-être, mais je suis sûre que vous vous trompez.

-Dans ce cas, répliqua insidieusement le Premier Ministre, comment expliquez-vous le retour de l’été ? Alors que le Prince Hans était parti à la poursuite de la reine pour la tuer ? Drôle de coïncidence, n’est-ce pas ?

Le cœur de Raiponce était ébranlé, et la princesse n’avait en effet aucune autre hypothèse à proposer. Elle baissait les yeux, dévastée, quand des pas précipités lui firent relever la tête et se retourner vers l’entrée de la salle du trône. Finland était revenu, et affichait un air des plus joyeux.

-Eh bien, mon cher neveu, s’exclama Magnus. Quelles nouvelles apportes-tu ?

Essoufflé, le jeune homme arrêta sa course devant les trois personnes présentes.

-La Reine Elsa a ramené l’été ! révéla Finland en riant. Nous sommes sauvés !

Elsa est en vie ? Raiponce ne se sentit plus de joie, comprenant que Hans avait échoué dans son plan machiavélique. Cependant, la survie de son autre cousine n’était pas encore garantie.

-Mais qu’est devenue Anna ? demanda vivement la princesse. A-t-elle survécu ?

Avant que Finland ne puisse répondre, son oncle l’interrompit, l’air passablement ennuyé.

-Attends une seconde, Finland. Raconte-nous tout, depuis le début.

-C’était incroyable ! s’écria le jeune garde. Nous étions au sommet du donjon, comme vous nous l’avez ordonné, alors que la tempête faisait rage. Il nous était impossible de repérer qui que ce soit, mais le temps s’est soudainement calmé. Un nuage de fumée a balayé tout le fjord et mis fin à la tempête, et tout s’est éclairé. La Reine Elsa s’était effondrée, elle pleurait, je crois. Le Prince Hans était juste derrière-elle, l’épée à la main, et s’apprêtait à l’exécuter !

-Mais ne se défendait-elle pas ? s’étonna Raiponce.

-Il y a fort à parier que Hans a prétendu que la Princesse Anna était morte à cause de la magie de sa sœur, déduisit Magnus. La reine a du se sentir responsable et accepter son sort, mettant fin à la tempête.

-Quoi qu’il en soit, poursuivit Finland, rien ne semblait pouvoir sauver la reine. C’est alors que nous avons vu la Princesse Anna se précipiter entre Hans et la Reine Elsa, et s’interposer au moment où le prince portait le coup fatal !

-Comment ? s’écria la princesse. Hans a tué…

-Non, pas du tout ! la coupa Finland. A cet instant précis, la Princesse Anna s’est changée en statue de glace !

-Que signifient ces absurdités ? fit Magnus avec un mouvement d’humeur.

-C’est la vérité, mon oncle. Nous savions qu’elle avait été atteinte par la magie de sa sœur, et qu’elle était condamnée à se statufier si un acte d’amour sincère n’était pas accompli. Quand elle est intervenue, l’épée du Prince Hans s’est brisée à son contact, et le choc l’a assommé. Nous pensions tous que la Princesse Anna avait perdu la vie, mais elle a rapidement repris sa forme normale, à la surprise générale !

-Elle avait fait un acte d’amour sincère, comprit Raiponce, en se sacrifiant pour sauver sa sœur. Cela lui a certainement permis de dégeler.

-Les choses se sont rapidement conclues, termina Finland. La reine a mis fin à l’hiver et s’est réconciliée avec sa sœur, et la Princesse Anna a expédié l’usurpateur par-dessus bord. Je suppose qu’il flotte encore, inconscient.

Ainsi, tout était terminé. L’été était revenu, et les sœurs si longtemps séparées par le secret de la reine s’étaient retrouvées, plus unies que jamais. Le règne de l’usurpateur avait pris fin, et les royaumes de Corona et d’Arendelle étaient saufs. Grâce à Raiponce, Anna avait pu s’échapper de la bibliothèque où Hans l’avait enfermée, et Hans s’était retrouvé seul face à Elsa, ce qui l’avait obligé à tenter de la tuer lui-même et causé sa chute. Je n’ai pas fait tout cela en vain.

-C’est un dénouement assez… inattendu, convint Magnus. Mais rien que je ne puisse régler. Finland, Norway, munissez-vous des fusils du prince Bonaparte et de quelques munitions.

-Oui, monsieur le Premier Ministre, obtempéra Norway.

Il saisit l’un des fusils à silex et y versa de la poudre dans le canon et la culasse, ainsi qu’une balle de forme ronde. Finland fit de même sans discuter, mais une lueur d’hésitation apparaissait dans l’éclat de ses yeux, tandis que Louis-Napoléon regardait les deux hommes avec inquiétude. La cervelle de Raiponce turbinait à toute vitesse, comprenant que la prétendue amabilité de Magnus n’avait été qu’une façade, tout du long. Le Premier Ministre prit lui-même un pistolet, qu’il chargea également. Avant de le pointer sur Raiponce.

-C’est la fin de la partie, ma jolie, dit Magnus avec délectation.

Après une seconde d’une intense et bouleversante surprise, Bonaparte, Finland et Raiponce protestèrent simultanément.

-Est-ce que vous êtes devenu cinglé ?! s’écria la princesse.

-Mon oncle, je vous en prie…

-Vous ne pouvez tout de même pas assassiner cette jeune femme ! protesta Louis-Napoléon.

Seul Norway ne broncha pas, guère sensible à la probable mise à mort de la princesse. Mais les troubles de Finland semblèrent l’inquiéter, et il le fixa avec sévérité pour le faire taire.

-Va fermer à clef toutes les portes de la salle du trône au lieu de gémir, ordonna Norway.

Finland ouvrit la bouche, paraissant vouloir se révolter contre le crime odieux que son oncle préparait ; mais il garda le silence, et obéit sans discuter davantage.

-Je n’ai rien d’un fou, Princesse Raiponce, répliqua le Premier Ministre. Et si, monsieur Bonaparte, j’entends bien éliminer Son Altesse de Corona. Ensuite, nous attendrons le retour de la reine et de la princesse pour les abattre avec vos armes à feu. Elsa est peut-être assez vive pour arrêter un carreau d’arbalète ; mais certainement pas une balle tirée de dos. Elle n’aura pas la moindre chance. A présent, lancez votre épée hors de votre portée, je vous prie.

La princesse observa sa lame, incertaine de ce qu’elle devait faire. Elle savait que Magnus pouvait l’abattre au moindre geste suspect ; mais cette arme était sa dernière défense. N’ayant aucune alternative, elle se résigna cependant et jeta son épée qui tomba au sol avec un bruit métallique. Raiponce défia le Premier Ministre du regard.

-Le peuple et la garde ne pardonneront jamais ce crime ! affirma-t-elle.

-Oh ? fit ironiquement Magnus. Le croyez-vous ? Norway est le capitaine de la garde, et je suis le Premier Ministre d’Arendelle. Nous sommes craints et respectés par la population. Lorsque nous aurons éliminé la famille royale sous les seuls yeux de la garde –ce qui se produira avant que quiconque puisse réaliser ce qui se passe-, nos hommes se retrouveront face au fait établi. Ils n’accepteraient peut-être pas de commettre eux-mêmes les meurtres ; mais ils n’oseraient pas se révolter une fois ceux-ci commis. Quant au reste de la population, eh bien, elle n’assistera à rien, car j’entends éliminer la reine à l’intérieur même de cette salle. Elle soupçonnera peut-être quelque-chose, mais sera bien trop soulagée de la mort de cette sorcière pour protester.

-Mais les puissances étrangères ne resteront pas sans réagir, hésita Raiponce.

-Elles ne sauront rien de ce qui se produira, répondit le Premier Ministre. Tous les représentants sont absents de ce lieu, et je veillerai à ce qu’ils le soient quand je déciderai de tuer la reine. De toute façon, ils auront trop hâte de rentrer chez eux pour poser des questions. Quand à vous, vous passerez de vie à trépas avant que vous ne puissiez prévenir qui que ce soit. Et ne comptez pas sur votre époux pour vous sauver : il doit dormir profondément à l’heure qu’il est, et ne sera témoin de rien. Peut-être le tuerai-je tout de même pour faire bonne mesure.

-Même si aucun des témoins ne parle, s’entêta Raiponce, mes parents devineront la vérité, et il y aura la guerre. Un quadruple meurtre dans des familles royales ne peut passer inaperçu !

-D’autant plus que c’est avec mes armes que vous prévoyez de commettre ces crimes ! protesta Bonaparte. Jamais je ne vous laisserai accomplir une telle ignominie !

-Mais justement, répondit Magnus. Monsieur Bonaparte, votre concours est d’ailleurs essentiel, et est également la réponse au problème soulevé par la Princesse Raiponce.

Son concours ? Est-ce qu’il veut dire que… Soudain, la princesse comprit.

-Vous voulez lui faire porter le chapeau !

-Comment ? s’exclama Louis-Napoléon. Mais c’est grotesque, personne ne croirait une telle chose !

-Au contraire, réfuta le Premier Ministre. Votre Altesse impériale, votre mobile est très clair. Tout le monde sait que votre oncle Napoléon Ier s’est vu refusé l’aide de son allié, le roi de Corona et père de Raiponce, alors qu’il rentrait du désastre de Russie et avait désespéramment besoin de tout le soutien qu’il pouvait trouver. Vous êtes son neveu ; et voyant la fille de celui qui a trahi votre oncle, vous n’avez pu résister à l’idée de le venger en l’assassinant, ainsi que la Reine Elsa et sa sœur, dont le père a également abandonné Napoléon. Vous tenterez finalement de me tuer, puisque j’ai moi-même été l’une des causes de la chute de l’empereur en persuadant Bernadotte de se retourner contre lui. Je vous tuerai alors, ce qui règlera l’affaire et me donnera toute la légitimité dont j’ai besoin. De plus, je suis sûr que le roi Louis-Philippe ne sera pas mécontent de la mort d’un rival potentiel, ce qui m’assurera le soutien de la France.

Horrifié par le plan du Premier Ministre, Bonaparte écarquilla les yeux et balbutia :

-Monsieur, vous n’avez donc aucun…

-C’est assez, le coupa Magnus. Norway, assommez-le, je m’occuperai de son sort plus tard.

Le capitaine prit son fusil des deux mains et le leva devant sa tête, avant de frapper le prince impérial d’un sévère coup de crosse, au niveau du front. Bonaparte s’écroula comme une masse, endormi sur le coup. Si Raiponce n’avait pas été menacée par le pistolet du Premier Ministre, elle se serait immédiatement précipitée à son chevet. Au lieu de cela, elle darda sur Magnus un regard noir. Le Premier Ministre esquissa un sourire mauvais et ricana. Finland, revenu après avoir refermé tous les accès à la pièce, essaya de raisonner Magnus.

-Mon oncle, ce que vous nous demandez de faire est un crime, je ne suis pas sûr de pouvoir…

-Toi, le coupa Magnus, tu refuserais ? Pense à tout ce que j’ai fait pour toi, à ce poste que je t’ai confié. J’ai veillé sur toi depuis la mort de ton père, ne l’oublie pas ! Tu tueras la Princesse Anna, pendant que Norway se chargera de la reine. Est-ce bien clair ?

Finland luttait avec lui-même pour refuser, et se révolter contre son oncle ; mais il fut rattrapé par sa loyauté, et n’en eût pas le courage.

-Oui, mon oncle, murmura-t-il en baissant les yeux.

-Bien, fit le Premier Ministre.

Il se tourna vers la princesse.

-Ma pauvre Raiponce, dit-il d’une voix mielleuse. Dire que tout cela est de votre faute. Il vous aurait suffi d’envoyer votre lettre au roi d’Arendelle un jour plus tôt pour qu’elle nous parvienne à temps, et que le voyage et le naufrage fatidiques n’aient jamais eu lieu.

Cette attaque verbale frappa Raiponce en plein cœur. Elle ressentit sa culpabilité remonter à la surface de ses sentiments.

-Je n’y suis pour rien ! se défendit-elle. Cette lettre…

Elle s’arrêta, en proie à une soudaine et bouleversante révélation.

-Cette lettre… murmura-t-elle. Anna et Elsa m’avaient dit que vous ne l’aviez jamais reçue. Pourquoi me dites-vous qu’elle est arrivée trop tard ?

Le Premier Ministre se pinça les lèvres, et fronça les sourcils d’un air contrarié. Mais il ne répondit pas.

-Ma lettre était bien arrivée, n’est-ce pas ? continua Raiponce. Vous saviez parfaitement que la famille royale risquait sa vie. Et vous n’avez rien dit !

Magnus resta silencieux. A côté de lui, Finland balbutia :

-Mon oncle, ce n’est tout de même pas vrai ? Vous n’auriez pas laissé mon père mourir ?

Raiponce se souvint que le père de Finland, qui était le frère de Magnus, était à bord du navire durant ce voyage. Le Premier Ministre, visiblement indifférent à la douleur qu’il causait à son neveu et à l’atrocité de son crime, haussa les épaules avec fatalisme.

-Je n’avais pas le choix. Bravo, Raiponce, vous m’avez eu. J’ai en effet envoyé mon frère et la famille royale à la mort.
Sous le choc, Finland resta coït. Raiponce eut de la peine pour lui : comment pourrait-il assimiler que son oncle, qu’il respectait et aimait tant, était en fait le meurtrier de son père ? Elle vilipenda vertement Magnus.

-Vous avez tué votre propre frère ! s’insurgea-t-elle. Pourquoi avez-vous fait une telle chose ?

-Cela importe peu, affirma Magnus. De plus, je n’aurais pas le temps de raconter toute l’histoire. Disons qu’il était devenu une menace, et que j’ai profité de l’opportunité qui se présentait. Bref, j’avais également l’intention d’éliminer Elsa et Anna pour mettre fin à cette dynastie corrompue par le Mal. Mais quand Hans et vous êtes arrivés, j’ai compris que j’aurais du mal à parvenir à mes fins. Un instant m’a suffi pour deviner qu’Hans désirait le pouvoir, et que vous défendriez Anna et Elsa coûte que coûte. J’ai alors eu l’idée de vous monter contre lui, afin qu’il soit déstabilisé durant son règne et qu’il tombe plus facilement. C’est pour cela que je vous ai poussée à vous opposer à sa milice, que j’ai insinué que votre époux serait exécuté après son incarcération, et que Hans serait un danger tant qu’il serait en vie. De la même façon, j’ai insisté pour que Finland soit mis en faction à votre étage, pour qu’il vous laisse passer et vous permette de faire évader Eugène et de tuer Hans. Pour vous donner la motivation dont vous aviez besoin, j’ai alors empoisonné votre repas. Je savais que votre crapaud entamerait le plat en premier, et serait intoxiqué ; le coupable aurait été évident à vos yeux, vous poussant à agir au plus vite. Je pensais que vous ou Hans serait définitivement écarté par cette tentative d’assassinat, idéalement vous deux. Je ne m’attendais pas à ce que vous vous serviez de cet imbécile d’Heinrich. Cela ne s’est pas passé comme prévu, et Hans est même sorti renforcé de l’affaire : j’avais donc encore besoin de vous, et vous ai défendu lors du procès pour que vous poursuiviez vos tentatives. Quand vous avez stupidement suivi Hans pour sauver Elsa, j’ai laissé Weselton prendre le pouvoir. J’ai même poussé le peuple à la révolte, pour décrédibiliser ce vieillard et me faire passer pour un héros en arrêtant moi-même l’émeute par la diplomatie, ce qui m’aurait permis d’éliminer Weselton que je voyais également comme une menace. Malheureusement, vous m’avez doublé et avez récolté les lauriers de mes efforts, et j’ai choisi de ne pas intervenir, ce qui a d’ailleurs failli coûter la vie à Norway que j’avais placé sous les ordres de Weselton. Cependant, ce dernier a durant son règne pris possession d’une partie des biens des invités et du royaume ; et si votre époux en a récupéré une partie pour les restituer à ses propriétaires, il n’a pu reprendre les armes à feu de Louis-Napoléon Bonaparte. Je les ai moi-même récupérées pour mon propre usage. Et alors que j’apprenais avec surprise que Hans était parvenu à emprisonner la reine, j’ai décidé de le laisser mener son plan à son terme et de le tuer ensuite, en espérant que vous pourriez l’affaiblir suffisamment avant cela. J’ai donc envoyé Norway le servir, même si mon fidèle capitaine m’est toujours resté loyal. En attendant le dénouement, je me suis occupé des invités du château, et ne suis revenu qu’au moment où on m’a informé de la fuite de Hans. J’ai pensé qu’il utiliserait un plan retors pour tuer la reine, et je savais à ce moment-là qu’il avait prétendu que la Princesse Anna était morte par la faute de sa sœur. Même si je n’étais pas certain de la vérité, j’imaginais que la princesse n’avait de toute façon plus longtemps à vivre. J’ai donc déduit que Hans comptait faire croire à Elsa qu’elle avait tué sa sœur, afin de l’exécuter sans qu’elle ne se défende. Je dois dire que je m’attendais au succès de Hans, et avais déjà prévu de le tuer sitôt qu’il reviendrait. Grâce à vos actions, cela m’aurait été facile puisqu’il avait été publiquement discrédité. Cependant, l’intervention d’Anna a tout gâché. Heureusement, j’avais prévu cette éventualité. Bientôt, vous serez morte, et vos cousines avec vous.

-Vous êtes un monstre, Magnus, gronda Raiponce entre ses dents.

L’air courroucé, le Premier Ministre cria :

-La reine est le véritable monstre, pas moi ! Quand vous rôtirez toutes les deux en Enfer pour vos pêchés, vous le comprendrez peut-être enfin. D’ailleurs, le moment est venu pour vous de terminer votre histoire, ma jolie…

Il leva son arme et la pointa droit sur la tête de la princesse, qui inspira avec effroi. Mais Finland s’écria alors :

-Je ne vous laisserai pas faire ça, mon oncle !

Surpris, le Premier Ministre et Norway se tournèrent vers Finland. Raiponce vit que le garde avait armé son fusil, et visait son oncle au cœur.

-Allons, Finland, balbutia Magnus, réfléchis à ce que tu fais…

-VOUS AVEZ TUE MON PERE ! hurla le jeune homme.

Il allait tirer ; cela était évident pour tout le monde. Désirant protéger son suzerain, Norway se précipita sur lui. Mais Finland, par un réflexe aussi rapide qu’imprévisible, et retourna brusquement vers lui et tira. Il n’avait pas eu le temps de viser ; mais la balle atteignit la jambe du capitaine, qui rugit de douleur et lâcha son fusil. Cependant, il eut la force de bondir sur Finland et de le plaquer au sol, l’enserrant dans ses bras puissants. Le fusil du jeune homme tomba et glissa sur le parquet, vide de munitions, tandis que les deux hommes entamaient une lutte au corps à corps sans pitié. Profitant de cette distraction, Raiponce se jeta à son tour sur Magnus, lui saisissant le poignet qui tenait le pistolet. Le Premier Ministre reporta immédiatement son attention sur elle, et lutta pour diriger son arme sur son ennemie. Mais la princesse en faisait de même, et l’âge de l’homme lui avait ôté une partie de sa force d’antan, alors que Raiponce avait toute la vigueur d’une jeunesse invulnérable. Lentement, inexorablement, elle retourna le pistolet contre son propriétaire. Le Premier Ministre suait abondamment, et utilisait toutes ses forces pour empêcher l’inévitable… Mais ce ne fut pas suffisant. Dès que le pistolet fut pointé sur la poitrine de Magnus, Raiponce glissa son doigt sur la gâchette et pressa la détente, sans hésitation et sans regret. Le coup partit comme un éclair fulgurant, et retentit comme la colère du tonnerre. Raiponce lâcha prise, et une fumée s’échappa du canon du pistolet alors que Magnus poussait un cri et tombait en arrière, l’arme déchargée à la main. Le Premier Ministre, étendu sur le sol tandis que son propre sang se répandait autour de lui, émit un râle et ferma doucement les yeux. La jeune femme ne prit pas la peine de vérifier qu’il était bien mort, et rechercha immédiatement Norway et Finland du regard. Le capitaine se trouvait allongé au-dessus de Finland, mais il plaquait une main sur son front et hurlait de douleur. La blessure au front que Sweden lui a infligé avec un caillou lors de l’émeute le lance encore. Finland saisit l’occasion de prendre l’avantage et d’éliminer son adversaire : non loin de lui reposait l’épée de Raiponce, et il tâtonna fébrilement le sol de ses doigts pour en attraper la poignée. Il la trouva rapidement, et la saisit avec fermeté avant de la soulever à bout de bras pour la ramener à lui et porter un coup rapide et puissant au cou du capitaine Norway. Le tranchant de la lame s’y ficha, et s’arrêta à la moitié de la base du coup, décapitant à demi le félon, avant que Finland épuisé ne laisse retomber son bras. Le regard de Norway se figea et sa bouche se tordit dans une grimace effrayante. Du sang fut versé de son cou et coula sur le visage de Finland, et le capitaine retomba lentement sur le côté. Mort.

Raiponce resta figée, encore éprouvée par ce qui venait de se produire. Finland demeura également immobile, essoufflé et couvert de sang. La princesse s’approcha de lui à pas lents, et lui tendit une main secourable. Le jeune homme la fixa, une émotion indescriptible et inconnue sur le visage. Il se releva avec l’aide de Raiponce, qui murmura :

-Je suis désolée pour ton père et ton oncle.

Finland resta un instant impassible et stoïque, mais il ne put résister très longtemps. Son visage se craquela sous le deuil et la peine, ses yeux se plissèrent. Puis, il pleura, et sa large poitrine fut secoué de sanglots. Peinée, Raiponce lui porta une main compatissante à l’épaule.

-Je pense que tu as besoin d’être seul un moment, glissa-t-elle. Je vais chercher la Reine Elsa et la Princesse Anna pendant que tu assimiles tout ce qui s’est passé. Peux-tu me donner la clef des portes ?

Finland hocha silencieusement la tête, continuant de pleurer. Il lui confia la clé, et croisa les bras, restant là, sans bouger.

-Je vais m’occuper de ramener Bonaparte avec les autres invités, articula-t-il avec difficulté. Quand le Prince Eugène sera réveillé, je veillerai à ce que tout le monde puisse sortir calmement.

-Merci, Finland, souffla la princesse.

Raiponce s’éloigna discrètement et se dirigea vers la sortie de la salle du trône. Elle aperçut le poignard de Gothel reposant sur le sol. Un geste réflexe la poussa presque à s’en saisir pour le ranger dans sa veste ; mais un courageux effort de volonté la retint au dernier moment. Je suis prête à le laisser derrière-moi. Je ne suis pas elle, et je ne la laisserai plus tourmenter ma vie. Sans plus hésiter, Raiponce se dirigea d’un pas assuré vers les portes de la salle du trône, et les ouvrit, avant de partir sans un regard en arrière. Abandonner le poignard de sa « mère » était pour elle le dernier acte d’indépendance, la libérant finalement de son souvenir et de son influence. Elle s’était prouvée à elle-même en épargnant Hans qu’elle agissait par amour, non par intérêt personnel ou par désir de vengeance : Raiponce n’avait véritablement rien à voir avec Gothel.

___

Et du premier ministre, déjà, par maint endroit,
Le front du renégat brisait le masque étroit.
(reprise d'Hugo, au cas où)
Plus qu'un chapitre, avant l'épilogue ! Very Happy


"L'imagination gouverne le monde." Napoléon Ier
Ma fan-fiction sur Raiponce et la Reine des Neiges Very Happy
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Voldago

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[Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos - Page 2 Horlog11Mer 14 Mar 2018 - 22:15

Chapitre 21 : Résolution
La princesse passa après le couloir entre les portes ouvertes pour sortir du château. Une fois dans la cour, elle retrouva quelque chose qu’elle avait perdu, qui avait quitté le royaume entier et qui revenait à présent à eux, comme un murmure annonciateur de jours meilleurs : l’été. Le soleil brillait, la température était agréable, et presque aucun nuage ne troublait le ciel d’un azur parfait. Le royaume avait retrouvé ses couleurs, et des toits et des cimes des arbres toute neige avait disparu. Les oiseaux chantaient à nouveau, et l’atmosphère resplendissait de vie. L’ouverture des portes menant à la mer était béante, et Raiponce s’y rendit en observant les alentours avec émerveillement. Je n’en crois pas mes yeux. C’est comme si rien ne s’était passé. La princesse traversa le corridor pour se retrouver de l’autre côté de la muraille, et elle put admirer avec délectation l’eau libérée de la glace, et les fiers navires flottant sur les mers d’Arendelle. Une fois qu’elle eût descendu l’escalier et qu’elle fut parvenue à la berge, elle vit plusieurs personnes se trouvant sur un des navires situé non loin. La jeune femme reconnut la robe bleue ciel de la reine, et crut voir la Princesse Anna, ainsi que d’autres personnes. Un canot, conduit par plusieurs gardes, passa devant Raiponce et se dirigeait vers le navire ; la princesse les héla, et le petit bateau vint vers elle. L’un des hommes mit pied à terre et s’inclina avec respect.

-Princesse Raiponce, c’est un honneur, dit-il. Avez-vous besoin d’assistance ?

La chute de Hans avait rapidement mis fin à la disgrâce de Raiponce. Tous avaient dû se rendre compte que l’arrestation de la princesse avait été injuste, et qu’elle devait de nouveau être traitée avec le respect qui lui était du.

-Je vous prie de me conduire à la reine, demanda Raiponce. Puis-je prendre place sur ce canot ?

-Bien-sûr, Votre Altesse. Cette embarcation n’est pas très confortable, j’espère que cela ne vous posera pas d’inconvénient.

-Oh, j’ai connu pire, rit la princesse en s’asseyant entre deux gardes. Ce canot sera toujours mieux que les bancs de votre donjon.

-Certainement, Votre Altesse, répondit l’homme d’un air gêné.

Il se rassit à sa place, et ses collègues se munirent de leur rame pour naviguer vers le navire où se trouvait la famille royale. Se rapprochant de la coque, la princesse fit un signe à ses cousines qui lui répondirent avec enthousiasme.

-Si vous saviez à quel point je suis heureuse de vous voir ! s’écria-t-elle. Je me suis fait du souci pour vous.

-Nous aussi, répondit Anna. Tu vas rire, mais pendant un moment, j’ai bien cru que Hans t’avait tuée !

Le canot avait touché le navire, et on jetait une échelle de corde jusqu’à Raiponce.

-Eh bien non, répondit cette dernière. Je suis toujours là, même s’il a tenté de le faire à plusieurs reprises !

-Il faut que tu nous racontes tout ce qu’il s’est passé, intervint Elsa. Comment t’en es-tu sortie après que j’ai été assommée lors de l’attaque de mon palais ?

-C’est une longue histoire, soupira la princesse. Mais je vous expliquerai tout, ne vous en faites pas.

Elle grimpa jusqu’au navire, et serra ses cousines dans ses bras, pleinement heureuse de les voir réconciliées et hors de danger. Sur le pont, Raiponce vit également un montagnard blond qu’elle reconnut pour être le marchand de glaçons qu’elle avait rencontré le jour de son arrivée. Il était encore accompagné de son magnifique renne Sven. Je me demande ce qu’ils font là. Olaf était aussi présent, et au-dessus de lui flottait un petit nuage porteur d’une tempête portative et qui devait le conserver au frais. Il a donc bien retrouvé Anna pour lui permettre de s’échapper. J’ai bien fait de lui indiquer où elle se trouvait, finalement. Hans gisait inanimé et complètement trempé, à la droite de Raiponce. Le réveil sera dur pour lui.

-Raiponce, je te présente Kristoff, fit Anna en indiquant le jeune homme. Et voici Olaf et Sven.

-Nous nous sommes déjà rencontrés, révéla la princesse de Corona.

-Ah, mais je ne peux donc te présenter personne ? s’amusa Anna. Enfin bon, ce n’est pas grave. Tu resteras un peu avec nous, n’est-ce pas ? Il faut bien qu’on fête le retour de ma sœur, et celui de l’été ! D’ailleurs, quelle chance qu’il n’y ait eu aucune victime.

Durant l’échange, Olaf avait fixé Raiponce avec curiosité, comme s’il cherchait à se rappeler où il l’avait déjà vu. Puis, son regard s’illumina, et il dit avec un peu de retard :

-Oui, je me rappelle de vous ! Vous êtes la femme très en colère avec une épée ensanglantée qui se dirigeait vers le château !

Raiponce grimaça, et se passa la main dans les cheveux avec embarras. Ses cousines l’observèrent avec des yeux ronds.

-Presque aucune victime, se corrigea Anna. Qu’est-ce qu’on a manqué ?

-Non non non, ne vous inquiétez pas, répondit vivement Raiponce, ce n’était le sang de personne ! Enfin si, mais c’était juste celui d’Eugène.

Là, le regard d’Elsa et d’Anna était franchement horrifié.

-…Mais il est vivant, et il va bien ! Il s’est fait transpercer l’épaule, alors ce n’est pas grand-chose.

-Pas grand-chose ! s’exclama Elsa.

-Oh, bon, la dernière fois, il est même mort pendant une minute ou deux, alors il est habitué. Il a survécu cette fois, donc tout va bien.

-Tu me rassures, soupira Anna. J’ai presque cru qu’il y avait eu des morts.

-Ah… hésita Raiponce. En vérité, il y en a eu quelques-uns. Selvig était le premier –ou était-ce Glasgow ? C’est un peu confus dans ma tête. Bien-sûr, il y a eu l’aubergiste qui a été étranglé, et puis Heinrich quand il a tenté d’assassiner Eugène…

Raiponce, en état de choc, parlait de ces événements tragiques avec une légèreté désarçonnante. Elle avait encore du mal à se remettre de ses émotions.

-Wow, wow, doucement ! s’alarma Anna. Combien de personnes ont perdu la vie ?

-Une dizaine, je crois ? répondit Raiponce en se mordillant les lèvres.

Elsa et sa sœur se regardèrent avec surprise et tristesse. La reine respira longuement.

-Il faut que Norway me fasse un rapport complet sur nos pertes, dit-elle calmement. Est-ce que tu l’as vu, Raiponce ?

-Bien-sûr, il se trouve, euhm… Dans la salle du trône. Mais il y a un petit problème.

-Il n’est quand même pas mort aussi ? s’inquiéta la reine.

-Voilà, c’est ça, tu as tout compris, confirma Raiponce. Il est mort de chez mort. Son cou est à moitié tranché, je crois. Mais je dois dire qu’il l’a cherché, il faisait partie du coup d’état de Magnus et t’aurait abattue dès ton retour du château…

-Attends, tu ne peux tout de même pas parler de mon Premier Ministre ?

Raiponce inclina tristement la tête. Dans son emballement et suite à tous les traumatismes qu’elle avait subi, la princesse avait oublié qu’Elsa ignorait encore que Magnus n’était pas ce qu’il semblait être. Elle savait que cette trahison causerait une grande peine à sa cousine.

-Il complotait pour te tuer, Elsa. D’ailleurs, il…

La jeune femme s’arrêta. Comment lui expliquer que Magnus avait envoyé ses parents à la mort ? Mais le réveil de Hans la sauva temporairement de ce moment délicat. Le roi déchu émit un grognement, et papillonna des yeux. Tous le regardèrent avec un mépris certain. Hans, dégoulinant d’eau, referma les yeux et se releva péniblement avant de s’adosser à la balustrade. Lorsqu’il se décida à regarder ce qu’il se passait autour de lui, ses yeux se posèrent sur Raiponce, et il se redressa vivement.

-On dirait que votre règne a tourné court, le railla Raiponce. Pensiez-vous réellement-

-VOUS ! hurla-t-il. TOUT EST A CAUSE DE VOUS !

-N’exagérez rien, le tempéra Raiponce. C’est tout de même votre propre incompétence qui est à l’origine de votre échec.

Mais la princesse aurait dû se douter qu’il ne fallait pas plaisanter avec un homme humilié et privé de tout ce qu’il avait rêvé. Sans crier gare, Hans poussa un hurlement et se précipita sur elle, l’enlaçant et l’emportant dans un élan qui les fit tous les deux chuter du pont. Un instant, l’air traversé à toute vitesse fouetta les oreilles de Raiponce, puis ce fut le choc d’une eau encore glaciale. Les pensées de la jeune femme se brouillèrent à cause du froid, mais elle se rendait bien compte qu’elle s’enfonçait dans la mer, sous le prince qui l’enserrait avec force pour l’empêcher de se dégager. Elle avait instinctivement fermé les yeux, et le sel des eaux l’irrita lorsqu’elle les ouvrit pour essayer de comprendre ce qu’il se passait. La figure convulsée de rage du prince lui apparaissait clairement, environnée des bulles d’air qu’il expirait dans sa colère. Raiponce essaya de repousser le jeune homme de toutes ses forces, mais le prince se démenait comme un diable pour la retenir. Durant ce moment, vivre ou mourir n’importait plus pour lui. Il n’existait plus qu’une dernière pulsion, le submergeant totalement et prenant possession de lui : il voulait tuer Raiponce. Des points noirs dansaient devant les yeux de la princesse dont la tête se mettait à tourner : elle s’asphyxiait lentement. Coups de pieds, tentatives de dégagements, rien n’y faisait, et Raiponce commençait à basculer dans l’inconscience. Cela aurait pu être là la fin de sa vie et de son histoire ; c’était sans compter sur le fait évident qu’elle n’était pas la seule à étouffer. Malgré lui, Hans relâcha progressivement sa prise, ne parvenant plus à résister à la pression terrible de ses poumons vides qui avaient perdu presque tout oxygène. Raiponce parvint, d’un dernier et sublime effort, à se libérer des bras de Hans, et à remonter d’un coup de pied jusqu’à la surface. Elle respira alors comme si elle venait d’être mise au monde, avec l’avidité d’un nouveau-né exposé pour la première fois à l’air libre. La princesse, haletant et respirant longuement, n’en revenait pas d’être toujours vivante. Elle ne se trouvait qu’à cinq brasses de son canot rempli de gardes prêts à la secourir, et elle essaya d’y nager sans attendre plus longtemps.

-Raiponce, attention ! cria Anna.

La princesse de Corona ne put réagir à temps ; une nouvelle fois, elle était brutalement saisie, et les bras de Hans s’enroulèrent autour de son cou pour la ramener sous l’eau. Cette fois-ci, la jeune femme parvint à se maintenir à un niveau proche de la surface, tandis que Hans restait à l’air libre et hurlait des imprécations que Raiponce ne pouvait comprendre. Soudain, la princesse vit une lumière d’un bleu de glace luire au-dessus de la surface, et Hans fit un mouvement brusque vers les profondeurs, lâchant la jeune femme. Elle réalisa que la lumière était un jet bleuté semblable à une comète qui traversa les eaux pour filer jusqu’au plancher de la mer. La princesse profita de la distraction pour revenir une nouvelle fois à la surface. Hans réapparut quelques mètres plus loin, et son expression donnait l’impression qu’il était prêt à réattaquer ; mais la voix impérieuse d’Elsa l’arrêta dans son élan.

-Ne touchez pas à ma cousine, ordonna-t-elle, ou je vous congèle sur place !

La reine tendait des mains environnées d’un halo de lumière bleue. Son regard était mortellement sérieux. Raiponce comprit qu’elle avait utilisé sa magie pour la sauver, et lui sourit avec reconnaissance. Hans sembla revenir à ses esprits, réalisant sans doute qu’il ne valait mieux pas provoquer la reine qu’il avait tenté d’assassiner.

-Ça va, Raiponce ? s’inquiéta Anna.

La princesse de Corona remonta sur son canot avec l’aide d’un des gardes, et utilisa l’échelle pour revenir sur le pont.

-A merveille, ironisa-t-elle. Après tout, ce n’est que la cinquième fois qu’on essaie de me tuer, aujourd’hui.

-La cinquième fois ? dit Elsa. Il faut vraiment que tu nous racontes tout. Et que tu m’expliques pourquoi mon Premier Ministre a cherché à m’éliminer.

Pendant ce temps, Hans était tiré de force à l’intérieur du canot, bâillonné et ligoté comme un saucisson. Raiponce l’observa pendant une poignée de secondes avec une certaine jouissance intérieure, avant d’entamer son récit. L’histoire avait été longue, et la princesse la raconta alors que ses cousines se rendaient avec elle au château. Choc, rire et pleurs furent parmi les réactions d’Anna et d’Elsa tandis que Raiponce expliquait toutes les manigances qu’elle avait dû mettre en place et ce qu’elles avaient coûté. Mais la jeune femme n’omettait rien. Elle allait aborder le sujet délicat de Magnus, au moment où elle pénétrait dans le château après être entrée dans la cour par la porte secondaire. Mais elle entendit alors une étrange conversation provenant de la salle du trône, et s’arrêta à l’entrée, ses cousines faisant de même. Le cadavre de Norway reposait sur le plancher, l’épée d’Heinrich encore fichée dans son cou. Là où Magnus s’était effondré, il n’y avait plus qu’une grande flaque de sang, et une trainée se répandant jusqu’au trône. Le Premier Ministre y était assis, pâle comme la mort et les vêtements couverts de son sang ; et un jeune homme, que Raiponce reconnut immédiatement, lui parlait.

-Je vous en prie, murmurait Magnus d’une voix blanche. Aidez-moi.

-Je ne crois pas, le railla Jean. Je vais plutôt vous laisser vous vider de votre sang. Même si je dois dire que vous nous avez fourni un bon divertissement, votre rôle dans cette histoire touche à sa fin. Tout s’est déroulé comme il le fallait pour que les choses rentrent dans l’ordre.

Au moins, il n’était pas une hallucination, songea la princesse.

-Alors que Dieu me porte secours, répliqua le Premier Ministre, et me débarrasse de vous et de votre petit air narquois. Quelle place avez-vous dans cette affaire, d’abord ?

-Disons que je suis un genre de grand ordonnateur, soufflant doucement sur la protagoniste de cette tragédie lorsqu’elle doit retrouver son chemin, et veillant à ce que notre petite intrigue parvienne à son terme sans anicroche.

-Vous êtes cinglé.

-Probablement. Autrement, cette histoire aurait été bien moins captivante, n’est-ce pas ? Enfin, bref. Le voyage touche à sa fin, pour vous plus encore que pour nous ; mais il vous reste cependant une dernière entrevue.

Il fit un geste derrière-lui, en direction des trois femmes.

-Elsa, Anna et Raiponce, c’est à vous. Vous n’êtes pas très discrètes, on ne vous l’a jamais dit ?

Elles échangèrent un regard incertain, et Elsa s’avança dans la salle du trône, décidant qu’il était temps d’éclaircir la situation. Elle s’arrêta à une dizaine de mètre de son trône, accompagnée d’Anna et de Raiponce. Jean se retourna, et sourit à la vue de la reine et de sa famille. Il esquissa une révérence à demi-moqueuse.

-Qui êtes-vous, et que faites-vous ici ? demanda Elsa.

-Je m’appelle Jean, et je suis venu tourmenter quelque peu votre traître de Premier Ministre, affirma le jeune homme.

-Je le connais, révéla Raiponce.

-Lui aussi ? releva sarcastiquement Anna.

-Il m’a apporté un certain soutien moral, expliqua la princesse. Comme il m’apparaissait toujours alors que j’étais seule, j’ai fini par me demander si je ne devenais pas folle. Apparemment pas.

-Si vous avez aidé ma cousine, je vous en remercie, reprit la reine en inclinant la tête. Mais à présent, c’est à moi de confronter Magnus.

-Je vous le laisse pour les quelques minutes qu’il lui reste à vivre.

Le jeune homme s’écarta pour laisser libre passage à la reine, et rejoignit Anna et Raiponce.

-Je suis enchanté de vous rencontrer, Anna, dit-il en tendant la main.

La princesse la prit et répondit d’un ton hésitant :

-Moi aussi ?

Jean sourit, et fit un clin d’œil à Raiponce. Puis, il se décala et observa la confrontation entre Elsa et son Premier Ministre. Raiponce remarqua que la salle du trône était en train de se remplir petit à petit ; les dignitaires étrangers étaient apparus à l’entrée, accompagnés de deux gardes, et une partie de la population les suivait, observant avec crainte le macabre spectacle qui se dévoilait à leurs yeux. De l’autre côté de la pièce, c’étaient les autres invités qui revenaient de leur isolement, et se rassemblaient autour du trône dans un silence grave. Eugène, Maximus et Louis-Napoléon Bonaparte étaient parmi eux, ainsi que Finland. Le prince impérial semblait remis, même si une contusion marquait son front. L’évêque avait été libéré, et assistait également à la scène. Même Hans était présent, les mains liées et le regard rageur. Raiponce adressa un sourire chaleureux à son époux, et seule la gravité du moment l’empêcha de courir lui sauter au cou. Magnus, quant à lui, se vidait de son sang sur le trône de la reine, et observait cette dernière avec un profond dégoût.

-Magnus, murmura Elsa. Pourquoi ?

C’était une simple question. La question la plus simple, même. Elle témoignait d’une incompréhension, et d’une très grande tristesse ; mais plus encore, d’un amer sentiment de trahison.

-Pourquoi ? répéta le mourant. Parce que vous êtes une abomination.

Un murmure choqué se répandit dans la foule, et Raiponce vit les traits de la reine se crisper. Anna semblait peinée, et Raiponce lui serra le bras dans une tentative pour la réconforter.

-J’ai découvert que vous possédiez des pouvoirs dès votre naissance, reprit Magnus. J’étais déjà Premier Ministre depuis de très longues années, et ma relation avec le roi n’était assombrie par aucun nuage. Mais quand lui et sa femme ont donné naissance à un monstre, quelque chose s’est brisé entre nous. Vous savez que je suis fervent protestant. Il était pour moi impossible de rester sans réagir. Je me suis pourtant retenu le plus longtemps que j’ai pu ; mais un incident a fini par se produire, et vous avez accidentellement blessé votre sœur. C’est à ce moment-là que le roi a fermé les portes du château. J’ai alors tenté de lui faire part de mes préoccupations à votre sujet ; mais il m’a immédiatement fait comprendre qu’il vous protégerait coûte que coûte, et qu’il me limogerait sans hésiter si je devais aborder de nouveau ce sujet avec lui. Qu’il vous défende, une sorcière, une enfant du Malin, était inacceptable. J’ai alors juré votre perte et celle de toute votre famille, afin de purger Arendelle de l’hérésie et du mal. Dans l’ombre, j’ai murmuré à l’oreille de votre père, prétendant être chargé de regrets sur mon attitude précédente. Plus d’une fois, il a voulu renoncer à vous garder cachée. Mais je suis toujours parvenu à le faire changer d’avis, à le persuader que vous n’étiez pas encore assez maîtresse de vous-même. Dans le même temps, j’ai tout fait pour vous influencer, vous empêcher de gagner la moindre confiance en vous.

-C’est vous qui avez ruiné mon enfance, comprit Elsa. Qui m’avez condamnée à passer une vie de solitude.

-Exact. Je voulais vous garder isolée, afin que vous ayez toujours peur de vos pouvoirs. Je me suis dit que cela finirait par vous porter préjudice et causer votre perte. Mais votre père a fini par réaliser que je n’avais pas changé et que je cherchais encore à purifier le royaume de vous et de votre sorcellerie. Il s’est confié à mon frère, ce pauvre imbécile, et lui a proposé de prendre ma place ; je l’ai su en les espionnant tous les deux. Mon frère était faible et tolérant ; c’était un véritable suppôt de Satan. Il a accepté la proposition du roi sans trop d’hésitation, et devait être officiellement nommé Premier Ministre dès le retour du souverain et de sa femme. Car le couple royal partait à un mariage, à celui de votre cousine. Je savais qu’il en serait bientôt fini de ma position, et de mon influence, et je ne pouvais rien faire pour l’en empêcher. C’est alors qu’un miracle se produisit. J’ai reçu une lettre de Raiponce, m’informant que les conditions météorologiques n’étaient pas idéales, et qu’il valait mieux que le roi et la reine ne vinssent pas. Plutôt que de les prévenir, j’ai avoué à mon frère que je savais qu’il serait mon successeur, et ai feint une grande joie. Je l’ai même encouragé à participer au voyage, afin de le préparer à sa future fonction. Il a été très soulagé, cet idiot ! Il m’a remercié d’être un frère si compréhensif, et a décidé d’en parler au souverain. Ce dernier a accepté ; et je n’ai rien révélé du sort qui les attendait. J’ai regardé avec délectation le navire de vos parents filer vers la mort et la destruction. Oui, Elsa. J’ai envoyé vos parents et mon frère à une mort certaine, en brûlant la lettre qui devait les sauver.

Des cris d’effroi et de colère furent poussés dans l’assemblée, et les noms de régicide et de parricide revinrent plusieurs fois.

-Vous avez tué nos parents ? comprit Anna.

Une expression horrifiée marquait ses traits si délicats. La reine, choquée et ébranlée, demeurait sans réagir.

-Encore exact, répondit Magnus. Le navire s’est perdu corps et bien, et j’ai assuré la régence en attendant votre couronnement, Elsa. Je sentais que mon travail était presque terminé : les graines de la peur avaient germé depuis des années, et la mort de vos parents n’avait rien arrangé. Je vous ai donc persuadé d’ouvrir le couronnement au public, par des arguments que vous avez été assez idiote pour écouter. Je savais bien que vous perdriez le contrôle de vos pouvoirs, et j’espérais qu’un quelconque héros se décide à vous éliminer pour sauver le royaume. C’est pourquoi je me suis tenu éloigné le jour de la cérémonie, en prétextant un voyage d’affaires inexistant. A mon retour, j’ai bien failli être bloqué par le gel du fjord ; mais j’ai compris que tout ne s’était pas déroulé comme prévu. Alors j’ai intrigué pour causer la chute de tous ceux qui pourraient se dresser entre moi et ma mission. Finalement, j’ai organisé un coup d’état pour vous abattre ; et cela aurait réussi, si votre peste de cousine n’était pas intervenue, et que mon neveu ne m’avait pas trahi.

Il se tut, et reprit avec une voix vibrante de haine :

-Vous êtes un monstre, Elsa. Vous êtes maudite, vous et ce royaume, et nul ne connaîtra la paix à Arendelle tant que vous vivrez. Vos âmes seront damnées et condamnées à l’Enfer, et vos descendances maudites jusqu’à la treizième génération ! Vous…
Il fut pris d’une quinte de toux, et du sang coula sur ses lèvres. Livide comme la mort, il lutta pour respirer, mais la blessure que lui avait infligée Raiponce était fatale. Emporté par sa haine de celle qu’il considérait comme un monstre, il voulut parler une dernière fois, maudire encore la reine et ses sujets ; mais il n’en avait plus la force. Il fut emporté par la Faucheuse, et son âme noire s’éteignit dans un dernier soupir.

Elsa eut une expiration bouleversée, et ses mains se mirent à trembler. Elle se retourna vers la foule, et Raiponce vit qu’une brume givrée jaillissait des mains de la reine de façon incontrôlée. Tous hormis Anna et Raiponce reculèrent, horrifiés de la nouvelle tempête qui s’annonçait. Les paroles de Magnus avaient semé la peur dans leur cœur déjà cent fois éprouvé durant l’hiver de la reine, et toute l’assemblée se posait une même question : avait-il raison ? Raiponce comprit que tout risquait de recommencer, et elle se dressa courageusement entre Elsa et la foule.

-Ne croyez pas les paroles de haine de cet homme au cœur sombre ! s’exclama-t-elle. Voyez-vous réellement un monstre lorsque vous regardez votre reine ? Toute sa vie, ma cousine n’a cessé de vivre dans la peur, la peur de vous faire du mal, la peur de ce qu’elle était capable de faire, la peur d’elle-même. Un monstre aurait-il agi ainsi ? Certains d’entre vous ont été témoins de sa détresse après qu’elle ait cru sa sœur morte. Un monstre pleurerait-il la mort d’un être cher ?

Raiponce s’arrêta un instant, laissant ses arguments pénétrer dans l’esprit de son auditoire. Un silence respectueux attendait qu’elle poursuive.

-Il est normal de craindre l’inconnu, reprit-elle. C’est naturel. Mais ne valons-nous pas mieux qu’une haine aveugle à l’encontre de ce qui est différent de nous ? Parfois, il peut nous sembler qu’une personne soit froide et insensible, cruelle, monstrueuse. Pourtant, si nous nous donnions un peu de temps, juste un peu de temps, pour apprendre à la connaître, à la comprendre, à l’aimer… Nous verrions alors qu’elle n’a rien d’un monstre ; et qu’elle est tout aussi humaine que nous. Et alors, que deviendrions-nous si nous ne l’aidions pas en la voyant souffrir ? Ne serions-nous pas nous-mêmes les monstres que nous prétendons pourchasser ?

Cette dernière phrase fut comme un couperet pour la foule, et toutes les personnes présentes baissèrent honteusement la tête. Raiponce se retourna, et prit sans crainte la main d’Elsa. La reine la regarda, des larmes de reconnaissance roulant sur ses joues pâles.

-Ne laisse plus jamais quiconque te laisser croire que tu es un monstre, Elsa. Tu as tant souffert, et si injustement. Toute ta vie durant, tu as été enfermée comme un animal en cage, parce que tu étais différente, exceptionnelle. On t’a fait croire que ce qui te rend unique devait être caché, comme si cela était une honte ; mais il n’en est rien. Il y a une beauté sublime en toi, qui est désormais visible de tous, à travers tes pouvoirs qui sont le reflet de ta créativité et de ta véritable identité, celle d’une reine bienveillante à l’intelligence remarquable. A présent, il n’y aura plus ni mensonges, ni secrets. Tu n’auras plus à te sentir coupable de ce que tu es ou de tout ce qui est advenu. Et si un autre scélérat pensait de nouveau prétendre que tu es un monstre, je reviendrai personnellement pour lui régler son compte.

La reine hocha la tête avec un sourire timide, et émit un rire quelque part entre ses larmes.

-Dis-le, insista Raiponce. Dis que tu n’es pas un monstre.

-Je ne suis pas un monstre, murmura Elsa.

-Plus fort, exigea la princesse.

-Je ne suis pas un monstre, affirma la jeune femme d’une voix ferme.

Raiponce enlaça tendrement sa cousine, tandis qu’Anna se rapprochait des deux jeunes femmes. La princesse de Corona se détacha d’Elsa, et reçut avec surprise la forte étreinte d’Anna, qui lui murmura en sanglotant.

-Merci Raiponce, du fond du cœur.

Raiponce en fut profondément émue, et ne put que sourire tant sa gorge était serrée. Elle s’éloigna, laissant ses cousines en tête à tête, et revint vers Eugène et Maximus, derrière Anna et Elsa. Eugène portait des habits propres et sa plaie était dissimulée par une élégante veste brodée. La jeune femme flatta l’encolure de l’étalon qui hennit avec satisfaction, puis embrassa son époux, et ils regardèrent la famille royale en se tenant la main.

-Je suis si heureuse de t’avoir retrouvée, Elsa, dit Anna d’une voix tremblante. Je n’ai jamais cessé de t’aimer, même lorsque nous étions séparées.

-Je t’aime aussi, Anna, dit faiblement la reine. Je suis si chanceuse de t’avoir pour sœur.

Elles tombèrent dans les bras l’une de l’autre. Un applaudissement lent se fit entendre ; Raiponce remarqua que c’était Jean. Cet applaudissement se propagea à travers nobles et roturiers, et ce fut bientôt presque toute la salle qui se répandit en acclamations émues, indistinctement du rang et du sang.

Finalement, tous étaient tombés d’accord sur quelque chose, et les barrières de classes élevées depuis des millénaires s’effondrèrent en ce moment sublime et unique. Raiponce et Eugène applaudissaient eux aussi à tout rompre les retrouvailles d’Elsa et d’Anna. Quand les applaudissements se tarirent, la voix encore rauque de Finland s’éleva à l’intérieur de la salle du trône :

-Que tous présentent leurs hommages à la Reine Elsa d’Arendelle !

Ce fut un mouvement uni qui anima l’ensemble des personnes présentes. Presque tous ployèrent le genou, même Hans qui fut sévèrement frappé à la tête pour l’obliger à faire de même. Seul Jean resta droit et préféra se placer sur le côté, apparemment trop attaché à ses idéaux républicains pour s’incliner devant une personne royale. Raiponce et Eugène inclinèrent respectueusement la tête devant la souveraine légitime du royaume, et Anna regarda sa sœur avec fierté. Elsa, une émotion indescriptible sur le visage, eut un sourire qu’elle n’avait jamais eu auparavant. Enfin, elle se sentait acceptée, et aimée. Plus personne ne la craignait, ou ne la haïssait ; elle avait tout ce dont elle avait toujours rêvé.

A cet instant, Raiponce sentit grimper sur son épaule son caméléon favori ; enfin guéri, Pascal avait quitté la chambre royale pour la rejoindre. Il ne présentait plus aucun signe de l’empoisonnement qui avait failli lui coûter la vie deux jours plus tôt. Pascal poussa un couinement joyeux, et la princesse rit avec soulagement, car sa dernière inquiétude avait disparu : son fidèle compagnon avait retrouvé la santé et se portait comme un charme, mieux que jamais même. Désormais, tout était terminé, et le dénouement heureux de cette histoire tragique n’aurait pu lui causer un plus grand bonheur. Tout était redevenu parfait.

___

Vive la Reine !
Plus que l'épilogue, et cette histoire touchera à sa fin Smile


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MessageSujet: Re: [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos - Page 2 Horlog11Lun 19 Mar 2018 - 1:00

Je posterai l'épilogue dans la journée de demain. Désolé pour ce retard !


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MessageSujet: Re: [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos - Page 2 Horlog11Lun 19 Mar 2018 - 19:11

Epilogue

Quelques semaines plus tard, l’ensemble des invités était sur le départ. Les dégâts causés aux navires par l’hiver avaient été réparés, et les blessures avaient été soignées. Tous avaient convenu qu’il valait mieux que chacun rentrât chez soi au plus tôt. Le séjour avait été plus long et plus éprouvant que prévu, et les réserves du château commençaient à s’amenuiser, n’ayant pas été prévues pour un si grand nombre d’invités et pour un temps si long. La noblesse qui avait été invitée pour le couronnement avait reçu les excuses officielles de Sa Majesté, et s’en trouvait quitte pour une bonne histoire à raconter une fois revenue dans les cours d’Europe.

Après la tentative de coup d’état, les postes de Premier Ministre et de capitaine de la garde restaient à pourvoir. Pour son héroïsme, celui de capitaine fut confié à Finland, qui l’accepta humblement. La reine décida de prendre plus de temps pour décider à qui attribuer la charge de Premier Ministre du royaume ; en attendant, la Princesse Anna fut ravie d’assurer l’intérim.
Suivants les conseils avisés d’une Raiponce experte en politique, la reine avait mis fin à ses relations commerciales, avec le duché de Weselton, et s’était retenue d’exécuter Hans pour ses crimes ; elle s’était contentée de le jeter dans une geôle en attendant de pouvoir le réexpédier dans sa terre natale, en cage et humilié.

Le royaume avait porté le deuil de tous ceux qui avaient perdu la vie durant l’hiver de la Reine Elsa, et le corps du dignitaire irlandais était prêt à être rapatrié dans son pays, avec les condoléances d’Arendelle. Seuls Raiponce et Eugène s’étaient rendus aux obsèques d’Heinrich, le cœur lourd et les remords pesants. Mais aucun n’assista à celles de Magnus et de Norway.
La population avait finalement appris à accepter les pouvoirs de leur souveraine, et l’aimait autant qu’elle avait aimé son prédécesseur. Dès qu’Elsa avait été perçue comme une femme qui ne ressentait pas moins des émotions et n’était pas moins humaine que n’importe qui d’autre, les citoyens d’Arendelle ne craignirent plus sa différence et la virent comme une des leurs.
Les adieux entre Raiponce et ses cousines furent déchirants et larmoyants ; Elsa avait bien insisté pour que Raiponce restât au moins jusqu’à la fin des festivités liées au retour de l’été, mais la princesse de Corona avait songé que cela faisait déjà bien trop longtemps qu’elle n’était pas retournée chez elle, où beaucoup de travail l’attendait en tant que princesse héritière. Elle avait donc quitté Anna et Elsa peu avant qu’elles n’ouvrent les portes de la cour du château à la population pour les célébrations ; mais elles se jurèrent de rester en contact et de se rendre visite aussi souvent que possible. La princesse de Corona remarqua avant de quitter Anna que cette dernière avait tendance à regarder le montagnard Kristoff avec insistance. Lorsque Raiponce le lui avait fait remarquer, la jeune femme n’avait pas répondu et l’écarlate lui était monté aux joues. Raiponce s’était intérieurement réjouie que sa cousine ait finalement trouvé l’amour, et espérait simplement que cela ne se termine pas aussi mal que la dernière fois.
Avant de monter à bord de son navire, Raiponce s’aperçut que celui qui transportait Hans jusque chez lui était encore à quai. C’était le dignitaire français qui le ramenait dans les Îles du Sud à bord de son navire, celui du Prince Hans ayant subi des dommages trop considérables pour être réparé. Raiponce laissa son époux, Maximus et Pascal prendre de l’avance, tandis qu’elle grimpait sur le pont du navire français escortée de deux gardes d’Arendelle et demandait à voir Hans.

-Bien entendu madame, accepta gracieusement l’ambassadeur. Il se trouve dans une cellule à l’arrière du navire.
L’homme indiqua une geôle lugubre fermée par une grille de métal. La princesse le remercia et s’y dirigea. Elle vit Hans qui se tenait assis sur un banc, son menton reposant sur sa main gauche, le coude appuyé sur sa jambe. Il devait ruminer son échec, ne faisant pas attention à Raiponce.

-Eh, le looser, le provoqua la princesse. Comment vous portez-vous ?

Le prince leva la tête vers elle, séparé de la jeune femme par les barreaux de sa cellule. Il se leva et se plaça devant elle, le regard mauvais.

-Je suppose que vous êtes venu pour jubiler et railler mon échec ? siffla Hans.

-C’est exact, confirma Raiponce en souriant. Je voulais vous dire que puisque les Îles du Sud se trouvent sur mon trajet pour retourner à Corona, j’avais l’intention d’y faire un arrêt pour transmettre mes bons sentiments à votre famille et à leur dire tout ce que je pense de vous. Nous nous y reverrons sans doute.

-Pour mon plus grand déplaisir. Mais sachez que rien n’est terminé, et que Corona et Arendelle n’ont pas fini d’entendre parler de moi. Vous auriez mieux fait de me tuer quand vous en avez eu l’occasion…

-Je pourrais encore le faire, remarqua Raiponce. Croyez-vous que quelqu’un lèvera le petit doigt pour vous si je décide de vous éliminer ?

Le jeune homme fut assez prudent pour ne pas répondre à la princesse.

-Mais je n’en ferai rien, continua-t-elle. Je vous laisse une chance de vous racheter, et de devenir quelqu’un de meilleur.
Hans secoua furieusement la tête.

-Cela n’arrivera pas.

Raiponce l’observa avec un mélange de pitié et de tristesse dans ses yeux.

-Dans ce cas, vous aurez toujours un trou dans votre cœur. Vous aurez beau essayer de le combler avec du pouvoir et de la haine, mais vous verrez un jour que cela ne vous apportera rien de bon. J’espère que vous ne le comprendrez pas trop tard.

Le prince la regarda silencieusement, et Raiponce crut déceler chez lui une trace… de doute. Mais cela ne dura qu’un instant, et Hans se détourna avec un ricanement pour se rasseoir sur son banc. La princesse songea qu’il n’était peut-être pas encore perdu, et le laissa à ses pensées pour retourner sur son navire après avoir remercié les gardes d’Arendelle qui l’avaient accompagnée.
Elle rejoignit Eugène, et les deux époux s’embrassèrent amoureusement tandis que leur navire déployait fièrement ses voiles blanches, et débutait le long voyage de retour.

-Ce fut un séjour plus palpitant que prévu, admit Eugène.

-J’aurais préféré qu’il ne le soit pas, répondit la princesse. Je suis juste heureuse que tout se soit bien terminé pour mes cousines et nous.

Ils restèrent là, tous deux accoudés à la balustrade du navire. C’était une magnifique après-midi d’août.

-Je vais me reposer un peu dans ma cabine, dit Raiponce.

Elle quitta son époux et descendit dans ses quartiers. La pénombre lui seyait, et Raiponce se dirigea à tâtons vers son lit dans l’intention de faire une sieste réparatrice. Je n’ai plus besoin de ces foutues chaussures. Elle se déchaussa et jeta ses chaussures à l’autre bout de sa cabine, n’ayant jamais apprécié en porter. La princesse s’allongea sur son lit avec un soupir de satisfaction, et se prépara à dormir un peu ; mais son repos fut interrompu par la voix d’un jeune homme.

-Alors, soulagée de retourner à Corona en un seul morceau ?

Il s’agissait de Jean, évidemment. Apparaître à la princesse lorsqu’elle était seule et en pleine réflexion était chez lui une manie dont Raiponce se serait passée. La princesse se redressa, et se leva en voyant le jeune homme l’observer à quelques mètres de son lit. Son visage était difficilement visible dans la pénombre, mais son sourire moqueur n’était pas de ceux qu’on pouvait manquer.

-Encore vous ? s’exclama la jeune femme. Prévoyez-vous de me harceler toute ma vie ?

-Je crains que ce soit au contraire la dernière fois que nous nous verrons, regretta Jean. Le dernier acte de cette histoire s’achève ici et maintenant, et vous allez pouvoir reprendre votre vie là où vous l’avez laissée. Vous retournerez à Corona, et je retournerai en France.

-Dans ce cas, je vous souhaite d’y réussir dans vos études, et d’y trouver tout le bonheur que vous y pourrez. Vous m’avez été d’un grand secours, même si je ne comprends pas grand-chose sur vous.

-Oh ? fit mine de s’étonner Jean. Pourquoi donc ?

-Et bien, pour commencer », énuméra Raiponce, « vous avez l’habitude d’apparaître et de disparaître aux endroits les plus improbables, sans la moindre explication rationnelle. Je ne peux même pas imaginer la façon dont vous vous y êtes pris pour vous retrouver sur cette montagne. Et que dire de vos phrases sentencieuses sur la morale et la nature de la vie, ou de votre vision du monde, découpant tous les événements de ces dernières semaines en « actes » ? J’ai l’impression que vous vous prenez pour un personnage de roman ou d’une pièce de théâtre.

-Précisément, confirma Jean. Et nous nous trouvons même à la dernière page, si vous voulez tout savoir. L’heure est donc venue pour moi de m’assurer que tout ira bien pour vous. Vous remettez-vous bien de tous les événements qui se sont produits ?

-Je crois, soupira la jeune femme. Mais mes nuits sont agitées, et je n’arrive pas à me pardonner ce que j’ai fait à Heinrich, ainsi qu’à tous les innocents qui sont morts par ma faute.

-Mais vous en avez sauvé bien davantage. Hans ou Magnus auraient tous deux fait bien plus de mal au royaume que vous en avez causé, et vous êtes parvenue à protéger votre famille. Vous avez commis des erreurs, non des fautes ; et vos intentions étaient pures. Lorsque vous doutez de votre bonté, rappelez-vous que vous avez épargné Hans quand vous avez eu l’occasion de le tuer. Vos défauts prouvent votre humanité, non le contraire. Ils montrent que vous n’êtes pas parfaite, et c’est très bien comme ça. Vous êtes une femme bien, Raiponce. Cela suffit aujourd’hui et suffira demain. Ne l’oubliez jamais.

La princesse esquissa un sourire ému devant les mots touchants du jeune homme.

-Je vous remercie, Jean.

-Tout le plaisir est pour moi, affirma-t-il. A présent, je vais vous laisser, si cela ne vous ennuie pas. Je n’abuserai donc plus de votre temps comme je l’ai fait par le passé, et je vous laisserai désormais entre vos propres mains, libre de suivre une voie que nul autre ne tracera plus. Mon travail ici est terminé.

Quel étrange phénomène.

-Si vous le dites, sourit Raiponce. Adieu, donc.

Jean, qui était sur le point de quitter la cabine, répondit :

-Adieu, Raiponce. N’oubliez pas d’être heureuse.

Il s’éclipsa sur cette dernière réplique, et la princesse se rallongea pour reprendre sa sieste là où elle l’avait arrêtée, c'est-à-dire avant qu’elle ne débute. Le sommeil la cueillit rapidement ; et pour la première fois depuis des semaines, pas un cauchemar ne vint troubler le repos mérité de cette héroïne à la vie si mouvementée : le héros albinos avait cessé de pleurer.

___

Ainsi s'achève cette fic ! J'espère que vous aurez aimé la lire autant que moi j'ai pris de plaisir à l'écrire ! Si vous avez un commentaire, une suggestion, ou une question, surtout n'hésitez pas, j'aimerais y répondre Very Happy


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MessageSujet: Re: [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos - Page 2 Horlog11Mer 18 Sep 2019 - 18:55

Waouh !!! [Fan-fiction] Raiponce dans un enfer de glace : les larmes du héron albinos - Page 2 425715 Super fanfiction ! Je l’ai suivie tout le long Very Happy
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